Principaux thèmes de recherche

Résumé

Mes recherches doctorales ont porté sur la réception de la poésie de Victor Hugo en France entre 1914 et 1944. Membre du Groupe Hugo de l’université de Paris et de la Société d’études romantiques et dix-neuviémistes (SERD), je m’intéresse aussi bien au XIXe siècle qu’au premier XXe siècle. J’ai été amené à m’interroger, en historien de la littérature, sur la manière dont des notions comme celle de « romantisme » ou de « modernité » informent les imaginaires critiques au cours du XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle. 

Engagé dans des études de réception, je m’intéresse aux différentes formes de présence sociale d’une œuvre ou d’un auteur : dans le champ universitaire et savant, mais aussi dans la presse, dans le champ politique, à l’école, dans les arts (musique, arts plastiques…), dans le champ littéraire et intellectuel. Mes recherches impliquent une attention particulière aux questions d’histoire culturelle, d’histoire du livre et d’histoire de la presse, ainsi qu’aux articulations entre littérature et politique, entre littérature et idéologies.

Mes recherches les plus récentes (depuis le printemps 2019) portent sur la littérature et la Commune. J’ai en effet réalisé, avec une collègue, une anthologie de textes portant sur l’insurrection de 1871. L’ouvrage est paru le 11 mars 2021.

Dans le cadre du « Séminaire littéraire des Armes de la critique » (SLAC), que j’ai co-organisé pendant plusieurs années à l’École normale supérieure de Paris, j’ai été amené à travailler sur des questions relatives à la sociologie de la littérature, aux méthodes de l’histoire littéraire et à la théorie littéraire, en particulier à la théorie littéraire inspirée des approches marxistes et matérialistes.

Pendant quelques années (de 2013 à 2016), j'ai également figuré parmi les co-organisateurs du séminaire « Lectures de Marx » à l'ENS. Dans ce cadre, j'ai été amené à prononcer des communications en rapport avec mes activités de recherche en littérature (sur les conceptions marxiennes et engelsiennes de la littérature, sur la critique marxiste hugolienne...), mais aussi sur d'autres sujets (économie, philosophie, histoire).

Thèse

Titre : La réception critique de la poésie de Victor Hugo en France (1914-1944). Directeur : Franck Laurent (Le Mans Université). 

Cette thèse étudie la réception critique de la poésie de Hugo en France entre 1914 et 1944. Elle se fonde sur une conception large et englobante de la « réception critique » et s’organise en quatre parties. La première envisage la manière dont l’œuvre poétique hugolienne est reproduite et diffusée (dans des éditions savantes, des éditions populaires bon marché, des livres de luxe, des manuels scolaires, des anthologies…) ou fait l’objet d’adaptations (mises en musique, parodies et pastiches) : elle examine les sélections et les réagencements opérés au sein du corpus poétique hugolien par les éditeurs, mais s’intéresse aussi aux paratextes critiques. La deuxième partie porte sur la critique savante, notamment universitaire, et s’organise par thèmes : est ainsi étudiée la réception de Hugo comme poète de la famille, comme poète de l’amour, comme poète politique, comme poète métaphysique et religieux, comme poète de la nature, comme styliste. Un chapitre liminaire y est également consacré à la fortune de Hugo dans l’institution universitaire (programmes d’agrégation, chaire Victor Hugo en Sorbonne). La troisième partie analyse la réception de Hugo poète par des écrivains et des intellectuels : Barrès, Rostand, Richepin, Noailles, Proust, Gide, Valéry, Claudel, les surréalistes ; un chapitre est consacré aux revues littéraires ; deux le sont à des philosophes, Alain et Bachelard. La quatrième partie, enfin, analyse les présences sociales et politiques de Hugo poète. Outre des analyses sur la présence de Hugo dans la grande presse quotidienne et sur les commémorations de 1927, 1930 et 1935, cette section de mon travail s’intéresse, d’une part, aux usages de Hugo poète pendant les deux guerres mondiales, d’autre part à la réception de Hugo par les principaux courants politiques et idéologiques de l’époque (l’Action française et le Parti communiste, qui font chacun l’objet d’un chapitre, mais aussi les socialistes, les radicaux, les modérés et les catholiques).

La perspective générique adoptée informe mon étude à différents niveaux. Premièrement, elle implique une réduction du corpus : le fait de se concentrer sur le Hugo poète implique de laisser de côté la réception de ses romans, la mise en scène de son théâtre, etc. Deuxièmement, elle permet d’envisager la poésie comme objet de discours et d’analyser la manière dont les critiques étudiés tiennent un propos général sur les mérites et les défauts de la poésie hugolienne, la découpent en sous-genres, établissent en son sein des hiérarchies. Troisièmement, elle invite à s’interroger sur la consistance critique de cet objet qu’est la poésie de Hugo : les commentateurs, en effet, ne mettent pas toujours en jeu une grille de lecture générique explicite ; ou bien, parfois, ils désignent Hugo comme « poète » en renvoyant par là à l’ensemble de son œuvre. C’est que le mot poète, depuis le romantisme, désigne davantage qu’un homme qui fait des vers : c’est aussi le nom d’une mission politique et sociale qui excède le cadre du genre poétique stricto sensu et dont Hugo lui-même s’est déclaré investi. Pour beaucoup de commentateurs, donc, Hugo est d’abord un « poète », ou par défaut un « poète », le sens de ce mot étant parfois travaillé par de riches ambiguïtés.

Cette problématique essentielle se combine à plusieurs autres. En mobilisant un corpus riche et varié, en confrontant des démarches critiques provenant de champs très différents, mon travail permet ainsi de réfléchir au statut de Hugo comme auteur patrimonial, aux lectures et aux appropriations politiques auxquelles sa poésie donne lieu, à la manière de situer Hugo dans l’histoire de la poésie française : aux côtés de Lamartine et Musset, dans les lectures les plus conservatrices ou traditionnelles ; aux côtés de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé, dans les interprétations les plus audacieuses. Au-delà du seul cas Hugo, ce travail jette donc aussi quelques éclairages sur la place de la poésie dans l’imaginaire du premier XXe siècle et sur la manière dont cette période se définit par rapport à un double héritage poétique, « romantique » et « moderne ».

La littérature et la Commune

J'ai publié une anthologie sur La Commune des écrivains : Paris 1871, vivre et écrire l’insurrection, avec ma collègue Alice de Charentenay (Sorbonne Université). L’ouvrage est paru le 11 mars 2021 chez Gallimard, coll. « Folio classique ». Notre travail a consisté à sélectionner et à présenter (notices, notes de fins de volume) des textes contemporains de l’événement ou portant sur lui un regard rétrospectif ; le livre comprend également, outre quelques annexes, une préface qui cherche notamment à cerner à quels titres la Commune est, ou non, un événement « littéraire », et à expliquer la manière dont, comme spécialistes de la littérature, nous nous sommes emparés de cet événement historique. Une grande variété de genres littéraires sont représentés (poèmes et chansons, romans, pièces de théâtre, journaux intimes, correspondance, mémoires, témoignages historiques, essais, articles de presse…) et nos commentaires sont principalement de nature littéraire, au sens large (poétique et rhétorique, construction et remploi de certains mythes politiques ou de certaines figures archétypales, stratégies de publication…), plutôt que strictement historique. Les textes sélectionnés appartiennent à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, et sont surtout des textes français. Un tel travail impliquait de se familiariser avec des auteurs très diversement célèbres, à leur époque comme à la nôtre, de Zola, Hugo, Péguy ou Aragon jusqu’à Malvina Blanchecotte ou Clovis Hugues, en passant par Catulle Mendès, Maxime Du Camp, Élémir Bourges, Eugène Vermersch…

Divers

Dans la continuité de mon travail doctoral, j’ai organisé avec Guillaume Peynet (Le Mans Université) une journée d’études sur La réception universitaire de Victor Hugo en France, qui s’est tenue le 25 juin 2019 à l’université Paris-Diderot. L’édition en lignes des actes de cette journée est en cours. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme interdisciplinaire « Humanités Romantiques » (HumaRom), qui vise notamment à documenter les études dix-neuviémistes. Ma participation aux activités de ce programme se traduit également par la réalisation de notices biographiques sur des universitaires spécialistes de la littérature du XIXe siècle. Ces notices sont publiées sur le site internet d’HumaRom.

Toujours avec Guillaume Peynet, ainsi qu’avec d’autres jeunes chercheurs membres du Groupe Hugo, j’ai également organisé le 10 octobre 2020 une journée d’études intitulée Composition hugolienne à l’université de Paris. L’édition des actes est prévue sur le site du Groupe Hugo.

Je participe aux activités du Groupe Hugo de l’université de Paris, et fais partie du comité éditorial du nouveau site internet du groupe. Je contribue également au Dictionnaire Victor Hugo, dirigé par David Charles et Claude Millet, à paraître ; je suis l’auteur de huit notices : « Daudet (famille) », « Nisard (Désiré) », « Parodies », « Péguy (Charles) », « Planche (Gustave) », « Racine (Jean) », « Valéry (Paul) », « Veuillot (Louis) ».

Le site web de Jordi Brahamcha-Marin